D’une ville française à l’autre, les moyens consacrés à la police municipale peuvent être très différents. Certaines communes disposent de plusieurs centaines d’agents quand d’autres, pourtant de taille comparable, ont choisi des effectifs beaucoup plus réduits. Mais comparer simplement le nombre de policiers municipaux n’a pas beaucoup de sens : une ville de 350 000 habitants ne peut évidemment pas être mise sur le même plan qu’une commune de 60 000 habitants.
Pour obtenir une vision plus pertinente, il faut rapporter les effectifs à la population et tenir compte du rôle particulier de la police municipale dans l’organisation de la sécurité locale.
Quel est le rôle de la police municipale ?
Contrairement à la police nationale et à la gendarmerie nationale, les policiers municipaux sont des agents territoriaux placés sous l’autorité du maire.
Leurs missions sont encadrées notamment par le Code de la sécurité intérieure, le Code général des collectivités territoriales et le Code de procédure pénale. Ils disposent de compétences en matière de police administrative ainsi que de certaines compétences de police judiciaire prévues par la loi.
Selon les communes, leurs activités peuvent comprendre la surveillance de la voie publique, la prévention des troubles à l’ordre public, le contrôle du stationnement et de certaines règles de circulation, la sécurisation de manifestations ou encore différentes interventions liées à la tranquillité publique.
Les organisations locales sont cependant très variables. Horaires de fonctionnement, présence nocturne, brigades spécialisées, vidéoprotection, moyens de déplacement ou nombre d’agents dépendent des politiques et des besoins de chaque collectivité.
C’est pourquoi deux villes ayant une population similaire peuvent disposer de polices municipales très différentes.
Où trouver les effectifs de police municipale par ville ?
Le ministère de l’Intérieur publie en open data un jeu de données consacré aux effectifs de police municipale par commune.
La série actuellement disponible couvre les années 2012 à 2024. Les fichiers permettent notamment de connaître le nombre de policiers municipaux, mais également les agents de surveillance de la voie publique, les gardes champêtres, les maîtres-chiens et les chiens de patrouille déclarés dans les communes concernées.
Ces données peuvent être téléchargées depuis la plateforme publique Data.gouv.fr.
Pour une consultation plus immédiate, le site Délinquance–Villes.fr a construit un baromètre consacré aux communes françaises comptant au moins 50 000 habitants. Il ne se contente pas d’afficher les effectifs : il les rapporte à la population afin d’obtenir un nombre de policiers municipaux pour 10 000 habitants.
Cette seconde valeur est nettement plus intéressante lorsqu’on cherche à comparer des villes de tailles différentes.
Pourquoi le nombre brut d’agents peut-il être trompeur ?
Imaginons une première commune comptant 300 policiers municipaux pour 500 000 habitants et une seconde disposant de 100 agents pour seulement 50 000 habitants.
En valeur absolue, la première ville possède trois fois plus de policiers municipaux.
Rapportés à la population, les résultats sont pourtant très différents : la première compte 6 agents pour 10 000 habitants, contre 20 pour 10 000 habitants dans la seconde.
Le nombre brut permet donc de mesurer la taille d’un service municipal, mais pas réellement son poids par rapport à la population de la ville.
Le ratio pour 10 000 habitants rend les comparaisons plus lisibles. Il suffit de diviser le nombre d’agents par la population puis de multiplier le résultat par 10 000.
De très fortes différences entre les grandes villes
Le baromètre 2024 de Délinquance-Villes.fr porte sur 134 villes de 50 000 habitants ou plus disposant d’une donnée exploitable. La médiane de cet ensemble atteint 5,4 policiers municipaux pour 10 000 habitants.
Les écarts observés sont considérables.
Cannes compte par exemple 168 policiers municipaux pour 74 350 habitants, soit 22,6 agents pour 10 000 habitants. Perpignan atteint 199 agents pour 121 616 habitants, correspondant à 16,4 agents pour 10 000 habitants, tandis que Béziers en compte 133 pour 81 545 habitants, soit 16,3 pour 10 000 habitants.
Parmi d’autres grandes communes figurent Nîmes avec 193 agents, soit 12,7 pour 10 000 habitants, Nice avec 411 agents, soit 11,5 pour 10 000 habitants, ou encore Saint-Étienne avec 182 policiers municipaux, correspondant à 10,5 agents pour 10 000 habitants.
Ces chiffres montrent surtout que la taille démographique d’une ville ne suffit pas à expliquer l’importance de sa police municipale.
Plus de policiers municipaux signifie-t-il moins de délinquance ?
C’est précisément le raccourci qu’il faut éviter.
Un tableau d’effectifs indique les moyens humains déclarés par une collectivité. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir qu’une ville est plus sûre qu’une autre ni qu’une augmentation des effectifs provoque mécaniquement une diminution de la délinquance.
Délinquance-Villes.fr précise d’ailleurs explicitement que son ratio est descriptif et qu’il ne permet pas d’établir de relation causale entre nombre de policiers municipaux et niveau de délinquance.
De nombreux facteurs peuvent intervenir : structure démographique, fréquentation touristique, déplacements quotidiens, densité urbaine, organisation des forces de sécurité nationales, politiques locales de prévention, missions confiées aux agents ou encore caractéristiques géographiques du territoire.
La délinquance enregistrée est elle-même très concentrée géographiquement. Pour les quatorze grandes catégories suivies par le SSMSI en 2025, environ 1 % des communes concentraient, selon l’infraction, entre 38 % des cambriolages de logements et 82 % des vols violents sans arme enregistrés.
Comparer uniquement deux colonnes intitulées « agents » et « délinquance » serait donc beaucoup trop simplificateur.
Il faut également regarder les missions réellement assurées
Le nombre d’agents ne dit pas tout sur le fonctionnement d’un service.
Deux communes disposant chacune de huit policiers municipaux pour 10 000 habitants peuvent organiser leurs moyens de façon très différente. L’une peut privilégier une présence de proximité en journée tandis qu’une autre peut disposer de brigades nocturnes, d’unités motorisées ou d’équipes affectées à certaines missions particulières.
Les équipements, les amplitudes horaires et la coopération avec la police nationale ou la gendarmerie peuvent également varier.
Le ratio doit donc être considéré comme un indicateur de moyens humains, pas comme une mesure complète de la politique locale de sécurité.
Pourquoi ces données sont-elles intéressantes ?
Bien utilisées, les statistiques d’effectifs permettent néanmoins de mieux comprendre les choix d’organisation des collectivités.
Elles peuvent servir à comparer des villes démographiquement proches, à observer l’évolution d’une commune sur plusieurs années ou à mesurer la place prise progressivement par les polices municipales dans la sécurité locale.
Le jeu officiel du ministère étant disponible depuis 2012, il permet également d’étudier ces évolutions sur une période relativement longue.
Les outils de visualisation simplifient cette analyse. Le baromètre de Délinquance-Villes.fr permet par exemple de consulter simultanément la population, les effectifs et le ratio pour 10 000 habitants des principales villes françaises, tout en donnant accès aux données au format CSV.
Comparer les villes, mais comparer ce qui est comparable
Pour étudier les effectifs de police municipale d’une ville, le meilleur réflexe consiste donc à ne jamais s’arrêter au nombre total d’agents.
Le ratio pour 10 000 habitants constitue une base beaucoup plus pertinente. Il permet de neutraliser une partie de l’effet lié à la taille des communes et de repérer les écarts entre territoires.
Il faut cependant conserver une précaution essentielle : un effectif élevé ou faible n’est ni un classement de sécurité ni une mesure directe de l’efficacité d’une politique locale.
Les statistiques donnent une photographie des moyens disponibles. Pour comprendre réellement la situation d’une ville, elles doivent être complétées par l’étude des missions assurées, de l’évolution dans le temps, du contexte territorial et des différents indicateurs de sécurité locale.

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