Le 30 septembre 1913, à Bas-Briacé, hameau du Landreau alors situé en Loire-Inférieure, Marcel Redureau, garçon de ferme âgé de 15 ans, tue sept personnes de la maison Mabit. Arrêté dès le lendemain, il reconnaît les faits et explique avoir agi après une réprimande de son employeur. Cette justification ne suffira pourtant jamais à expliquer l’ampleur du massacre.
Le 30 septembre 1913, à Bas-Briacé, hameau du Landreau alors situé en Loire-Inférieure, Marcel Redureau, garçon de ferme âgé de seulement 15 ans, tue sept personnes de la maison Mabit. Arrêté dès le lendemain, l’adolescent reconnaît les faits et explique avoir agi après une réprimande de son employeur.
Cette justification ne suffira pourtant jamais à expliquer l’ampleur du massacre. Plus d’un siècle après les faits, l’affaire Marcel Redureau continue ainsi de fasciner par la jeunesse de son auteur, l’absence de mobile clairement établi et l’extraordinaire retentissement médiatique du crime.
L’affaire Marcel Redureau en quelques dates
| Élément | Information |
|---|---|
| Date du massacre | 30 septembre 1913 |
| Lieu | Bas-Briacé, commune du Landreau |
| Auteur | Marcel Redureau, 15 ans |
| Nombre de victimes | Sept |
| Seul survivant | Pierre Mabit, 4 ans |
| Arme principale | Une serpe à raisin |
| Arrestation | 1er octobre 1913 |
| Verdict | Coupable d’homicides volontaires |
| Peine | Vingt ans dans une colonie pénitentiaire |
| Décès | 9 mars 1916, à 17 ans |
Qui était Marcel Redureau avant le massacre ?
Né le 24 juin 1898 au Landreau, Marcel Redureau grandit dans une famille nombreuse et estimée dans la région. Les témoignages recueillis après son arrestation décrivent généralement un garçon discret, timide et jusqu’alors dépourvu d’antécédents judiciaires.
Marcel travaille comme domestique agricole auprès de la famille Mabit. Il seconde principalement Jean-Marie Mabit, cultivateur et viticulteur installé au village de Bas-Briacé, dans les travaux de la ferme et du vignoble.
Cette apparente banalité alimente le trouble provoqué par l’affaire. Les journalistes de l’époque cherchent immédiatement dans son enfance, son apparence physique ou son caractère un indice susceptible d’expliquer ses actes. Les portraits publiés se contredisent cependant. Certains journaux le présentent comme coléreux et rancunier, tandis que d’autres rapportent qu’il était considéré comme travailleur, intelligent et de bonne conduite.
Aucun comportement antérieur ne semble annoncer le passage à l’acte du 30 septembre 1913.
Qui étaient les membres de la famille Mabit ?
Jean-Marie Mabit, âgé de 42 ans selon les documents les plus fréquemment cités, exploite une ferme et un petit vignoble. Il vit avec son épouse, alors enceinte, sa mère âgée de 79 ans et leurs quatre enfants.
La maisonnée comprend également deux jeunes domestiques : Marcel Redureau, chargé des travaux agricoles, et Marie Dugast, âgée de 16 ans, qui aide Madame Mabit dans les tâches ménagères et s’occupe des enfants.
Les sept victimes sont :
- Jean-Marie Mabit ;
- son épouse, enceinte de plusieurs mois ;
- la mère de Jean-Marie Mabit ;
- Marie Mabit, 8 ans ;
- Henriette Mabit, 7 ans ;
- Joseph Mabit, 2 ans ;
- Marie Dugast, 16 ans.
Pierre Mabit, âgé d’environ 4 ans, est le seul membre de la maisonnée à survivre au massacre. Les documents disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude pourquoi Marcel Redureau ne s’en est pas pris à lui.
Que s’est-il passé dans la nuit du 30 septembre 1913 ?
Les faits commencent vers 22 h 30, alors que Jean-Marie Mabit et Marcel Redureau travaillent au pressoir. Nous sommes à la fin des vendanges dans le vignoble nantais.
D’après les déclarations faites après son arrestation, Marcel aurait été réprimandé par son employeur au sujet de la qualité de son travail. La remarque provoque une réaction d’une violence extrême.
Le garçon aurait d’abord frappé Jean-Marie Mabit avec un pilon avant de s’emparer d’une serpe à raisin. Cet outil agricole, destiné à sectionner la masse des raisins accumulés dans le pressoir, possède une lame très aiguisée et incurvée. Les travaux historiques consacrés à l’affaire évoquent une lame d’environ 65 centimètres de longueur et 13 centimètres de largeur.
Après avoir tué son employeur, Marcel Redureau rejoint la maison. Il y trouve Marie Dugast, puis Madame Mabit. La grand-mère et trois des enfants sont ensuite tués dans les chambres.
La succession exacte de certaines scènes repose principalement sur les aveux de l’adolescent et sur les constatations effectuées le lendemain. Les récits très détaillés publiés par la presse doivent être considérés avec prudence : les journaux se livrent alors une concurrence féroce et n’hésitent pas à dramatiser certains éléments.
Une chose demeure certaine : sept personnes sont tuées en l’espace d’une soirée et Pierre Mabit est le seul enfant épargné.
Comment le massacre du Landreau a-t-il été découvert ?
Le 1er octobre 1913, au petit matin, des voisins s’étonnent de ne constater aucune activité autour de la ferme. Le jeune Pierre Mabit est aperçu seul à proximité de la maison.
En entrant dans les lieux, les habitants découvrent les premières victimes. La gendarmerie du Loroux-Bottereau est alertée et procède à l’examen de l’ensemble de la propriété. Les corps de Jean-Marie Mabit, de son épouse, de sa mère, des trois enfants et de Marie Dugast sont successivement retrouvés.
L’absence de Marcel Redureau attire rapidement l’attention. Le jeune domestique est retrouvé dans les environs de la maison de ses parents. Des traces de sang auraient encore été visibles sur son visage et sur sa chemise.
Il n’oppose pas de résistance et reconnaît rapidement être l’auteur des sept meurtres. Il désigne également la serpe utilisée. Son attitude est abondamment commentée dans les journaux, qui le décrivent tour à tour comme calme, indifférent ou abattu. Ces appréciations relèvent toutefois davantage de l’interprétation que de faits objectivement établis.
Pourquoi Marcel Redureau a-t-il tué la famille Mabit ?
Le mobile de Marcel Redureau constitue le principal mystère de l’affaire. L’adolescent explique avoir réagi à une remarque de Jean-Marie Mabit concernant son travail. Cette réprimande peut expliquer le premier geste de colère, mais elle ne permet pas de comprendre les six meurtres suivants.
Aucun vol important ni conflit ancien clairement établi ne fournit une explication satisfaisante. La presse avance alors de nombreuses hypothèses :
- un accès soudain de folie ;
- une accumulation de rancœur contre son employeur ;
- un épuisement lié au travail agricole ;
- les effets de l’alcool ou des vapeurs présentes dans le pressoir ;
- une déception sentimentale concernant Marie Dugast ;
- une crise liée à l’adolescence.
Aucune de ces théories n’est formellement démontrée. Certaines sont même abandonnées pendant l’instruction.
L’explication la plus prudente consiste donc à distinguer le déclencheur apparent du mobile profond. La réprimande de Jean-Marie Mabit semble avoir provoqué le premier passage à l’acte, mais la raison pour laquelle Marcel a ensuite tué presque toute la maisonnée demeure inconnue.
Marcel Redureau souffrait-il d’une maladie mentale ?
La santé mentale du jeune accusé devient l’une des questions centrales de l’instruction. Comment un adolescent sans passé violent connu peut-il commettre sept meurtres en quelques minutes ?
Trois médecins spécialistes examinent Marcel Redureau. Leur expertise ne révèle pas d’aliénation mentale susceptible d’abolir ou d’altérer sa responsabilité. Les médecins reconnaissent certaines particularités dans son tempérament, mais estiment qu’elles restent dans les limites des variations psychologiques ordinaires.
Cette conclusion ne signifie pas que son comportement pouvait être expliqué ou considéré comme normal. Elle indique seulement que les experts le jugeaient capable de comprendre ses actes et d’en répondre devant la justice.
Les journaux tentent parallèlement d’interpréter son physique, son regard ou la forme de son visage selon les théories criminologiques alors en vogue. Ces descriptions, parfois contradictoires et caricaturales, ne possèdent aucune valeur scientifique.
Un procès marqué par la question de la justice des mineurs
L’affaire survient peu après l’adoption de la loi du 22 juillet 1912 sur les tribunaux pour enfants et adolescents. Les autorités judiciaires doivent déterminer quelle juridiction est compétente et comment juger un accusé âgé de seulement 15 ans.
Marcel Redureau est d’abord détenu à la maison d’arrêt de Nantes. Son procès s’ouvre devant la cour d’assises en mars 1914, moins de six mois après le massacre.
La foule se presse aux abords du tribunal. L’accusé est hué lorsqu’il apparaît. Son avocat tente de convaincre les jurés qu’un moment de folie a nécessairement traversé l’esprit du garçon. L’expertise médicale concluant à sa responsabilité pèse cependant lourdement dans les débats.
Le 3 mars 1914, Marcel Redureau est déclaré coupable des homicides volontaires retenus contre lui. Les jurés ne lui accordent pas de circonstances atténuantes. En raison de son âge, il échappe à la peine capitale, mais reçoit la peine maximale applicable : vingt ans de détention dans une colonie correctionnelle.
La colonie pénitentiaire d’Eysses et la mort de Marcel Redureau
Le 22 mars 1914, quelques semaines après son procès, Marcel Redureau est transféré à la colonie pénitentiaire d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot. Cet établissement accueille notamment de jeunes condamnés considérés comme trop difficiles ou dangereux pour les autres structures.
Marcel n’y passe finalement que deux années. Atteint de tuberculose, il meurt à Villeneuve-sur-Lot le 9 mars 1916, à l’âge de 17 ans. Il n’a donc purgé qu’une faible partie de sa peine.
Sa disparition précoce met fin à toute possibilité d’obtenir de nouvelles explications. Le véritable mécanisme de son passage à l’acte disparaît avec lui.
Pourquoi l’affaire Redureau a-t-elle autant marqué la France ?
L’affaire Marcel Redureau réunit tous les éléments capables de bouleverser l’opinion publique du début du XXe siècle : un auteur extrêmement jeune, une famille presque entièrement décimée, des enfants parmi les victimes et un mobile incompréhensible.
La presse compare rapidement le jeune garçon à Jean-Baptiste Troppmann, responsable du massacre de la famille Kinck en 1869. Marcel Redureau devient ainsi le « Troppmann breton », le « petit Troppmann » ou encore le « monstre du Landreau ».
Sa photographie est reproduite dans plusieurs journaux nationaux et régionaux. Le développement des procédés d’impression photographique permet alors de montrer le visage d’un accusé au public avec une précision nouvelle.
Cette diffusion pose pourtant un problème juridique. La loi du 22 juillet 1912 encadre la publication de l’identité et du portrait des mineurs poursuivis. Dans les faits, ces protections sont peu respectées. Marcel Redureau devient l’un des premiers jeunes criminels français dont le visage est aussi largement exposé.
Les victimes font également l’objet d’une importante mise en scène médiatique. Une série de cartes postales montre notamment la maison du crime et les obsèques de la famille Mabit, célébrées le 2 octobre 1913 devant une foule considérable.
Des complaintes criminelles aux récits contemporains
Comme de nombreux crimes célèbres de cette époque, le massacre du Landreau donne naissance à plusieurs complaintes criminelles. Ces chansons populaires racontent les faits, nomment les protagonistes et insistent sur la jeunesse de l’assassin ainsi que sur l’innocence des victimes.
Vendues ou chantées sur les marchés, les complaintes participent à la diffusion de l’affaire dans toute la région. Elles contribuent également à la transformer en récit populaire, au risque de reproduire les erreurs et les exagérations des journaux.
Cette fascination n’a jamais totalement disparu. L’affaire Redureau a depuis été racontée dans des livres, des émissions de radio, des podcasts et des documentaires consacrés aux grands faits divers français.
Pourquoi André Gide s’est-il intéressé à Marcel Redureau ?
L’écrivain André Gide s’intéresse aux affaires judiciaires dans lesquelles les explications habituelles paraissent insuffisantes. Le cas de Marcel Redureau l’interpelle précisément parce qu’il oppose l’image d’un adolescent réputé docile à la violence soudaine de ses actes.
En 1930, Gide rassemble des documents issus du procès et de la presse dans L’Affaire Redureau. Le texte est publié dans la collection Ne jugez pas, aux côtés de son travail sur la séquestrée de Poitiers.
Il ne s’agit pas d’un roman policier ni d’une enquête destinée à désigner un autre coupable. Gide s’interroge plutôt sur les limites du jugement, la responsabilité individuelle et l’impossibilité d’expliquer entièrement certains passages à l’acte.
L’intervention de l’écrivain contribue durablement à faire sortir l’affaire du simple fait divers régional.
Qu’est devenu Pierre Mabit, le seul survivant ?
Pierre Mabit est le seul enfant à avoir échappé à Marcel Redureau. Il n’existe aucune explication certaine à sa survie. L’adolescent ne l’a peut-être pas vu ou a quitté les lieux avant de le trouver.
Pierre passe une partie de la nuit dans la maison avant d’être découvert le lendemain matin. Il survit au drame et mène ensuite une existence volontairement discrète. Les recherches consacrées à l’affaire mentionnent l’existence de descendants, mais la famille semble avoir longtemps évité d’évoquer publiquement le massacre.
Son histoire rappelle que les récits criminels accordent souvent une place considérable à l’auteur des faits, tandis que le destin des victimes et des survivants reste dans l’ombre.
Questions fréquentes sur l’affaire Marcel Redureau
Quel âge avait Marcel Redureau au moment des faits ?
Marcel Redureau avait 15 ans lorsqu’il a tué sept personnes dans la soirée du 30 septembre 1913. Né le 24 juin 1898, il avait fêté son quinzième anniversaire un peu plus de trois mois auparavant.
Combien de personnes Marcel Redureau a-t-il tuées ?
Il a été reconnu coupable du meurtre de sept personnes : Jean-Marie Mabit, son épouse enceinte, sa mère, trois de ses enfants et la jeune domestique Marie Dugast. Pierre Mabit est le seul membre de la maisonnée à avoir survécu.
Quelle arme a été utilisée ?
L’arme principale était une serpe à raisin, un outil agricole employé dans les pressoirs. Les travaux historiques évoquent une lame incurvée d’environ 65 centimètres. Jean-Marie Mabit aurait également été frappé avec un pilon avant d’être tué.
Pourquoi Marcel Redureau a-t-il commis ces meurtres ?
Il a déclaré avoir réagi à une réprimande de son employeur au sujet de son travail. Cette remarque peut avoir déclenché le premier meurtre, mais elle n’explique pas pourquoi il a ensuite tué six autres personnes. Son mobile profond demeure inconnu.
Quelle peine Marcel Redureau a-t-il reçue ?
Le 3 mars 1914, Marcel Redureau a été condamné à vingt ans de détention dans une colonie correctionnelle. Il s’agissait de la peine maximale applicable compte tenu de son jeune âge.
Comment Marcel Redureau est-il mort ?
Marcel Redureau est mort de la tuberculose le 9 mars 1916 à la colonie pénitentiaire d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot. Il avait seulement 17 ans et était détenu depuis moins de deux ans.
Pourquoi l’appelait-on le « Troppmann breton » ?
La presse comparait Marcel Redureau à Jean-Baptiste Troppmann, condamné pour avoir tué huit membres de la famille Kinck en 1869. Les deux affaires concernaient le massacre presque complet d’une famille et avaient suscité un immense retentissement médiatique.
L’affaire Marcel Redureau demeure l’un des crimes les plus déroutants de l’histoire judiciaire française. La culpabilité de l’adolescent ne fait aucun doute, mais la disproportion entre la réprimande invoquée et les sept meurtres continue de rendre son passage à l’acte profondément inexplicable.
Sources documentaires
Criminocorpus – L’Affaire Redureau, le crime de Bas-Briacé (1913)
Musée Criminocorpus – Marcel Redureau et sa représentation dans la presse
RetroNews – L’incompréhensible furie homicide de Marcel Redureau

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