La France contre le jargon des jeux vidéo

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Le jargon du jeu vidéo n’est certainement pas le plus facile à comprendre et utiliser, surtout lorsqu’il s’agit de la communauté gaming de pays non francophone. Il s’agit en fait d’un jargon peuplé de mots qui, dans la plupart des cas, ont une racine liée à un terme anglais dont la forme ou le sens a été modifié au fil du temps pour transmettre un message spécifique.

Sony, par exemple, a compilé un véritable dictionnaire pour les non-joueurs qui permet des explications plus précises sur la signification de nombreux termes courants (111 au total), liste que vous pourrez retrouver en traduite en français sur le site Blu News, permettant même à ceux qui ne sont pas en contact étroit avec le monde du jeu vidéo de mieux comprendre la signification de certains mots qui commencent à franchir les frontières du jargon pour se faufiler dans l’usage courant, un peu comme lorsque le lol a cessé d’exister uniquement sur les forums et les chats pour entrer progressivement dans la vie quotidienne de beaucoup.

La France s’y oppose

Une éventualité inévitable pour certains, mais à laquelle s’oppose fermement une nation en particulier, la France, où l’Académie française a adopté une position claire, allant jusqu’à interdire l’utilisation de certains mots spécifiques par les représentants officiels de l’État.

Au lieu de termes tels que streamer et eSport, par exemple, l’Académie a proposé des alternatives qui utilisent exclusivement des mots français, tout cela dans le but de préserver la pureté de la langue et de permettre aux francophones de comprendre plus facilement des mots qui seraient autrement étrangers à leur langue ou à leur contexte. En choisissant les nouveaux termes, l’Académie et le ministère de la Culture ont veillé à consulter les magazines et sites de jeux pour vérifier qu’il n’existait pas déjà des alternatives en français utilisées par la communauté. C’est ainsi que les mots interdits seront remplacés :

Pro-gamer = Joueur professionnel

Streamer = Joueur-animateur en direct

Cloud gaming = Jeu vidéo en nuage

eSport = Jeu vidéo de compétition

L’Académie est une institution qui lutte depuis des siècles en faveur de la préservation de la langue (elle est active depuis 1635), s’opposant à l’utilisation de termes extérieurs qui pourraient compromettre sa pureté. En février dernier, elle s’était également élevée contre l’utilisation de mots tels que big-data ou drive-in, jugés responsables d’une dégradation du français qui ne doit pas être considérée comme une fatalité.

La solution ?

Adopter des équivalents français pour éviter que ces mots ne deviennent trop ancrés dans l’usage quotidien, conduisant à leur assimilation.

Ce sont là quelques-uns des termes qui seront remplacés par les expressions françaises correspondantes lorsqu’un fonctionnaire s’exprimera en public sur les sujets susmentionnés. Le choix des nouveaux mots français met immédiatement en évidence le problème de l’approche myope adoptée par l’Académie française pour les définir, notamment en ce qui concerne le mot streamer.

En effet, il suffit de jeter un coup d’œil sur Twitch ou toute autre plateforme équivalente pour se rendre compte que le choix du terme joueur ne s’applique pas à une vaste catégorie de streamers qui apportent quotidiennement du contenu sans rapport avec le monde du jeu, d’où la scission du mot en deux avec même la version plus générique animateur en direct. Ainsi, il faut préciser à chaque fois quel type de contenu est diffusé en direct, créant de nouveaux termes pour décrire même une légère variation d’une même œuvre qui ne relève plus d’une catégorie antérieure. Si l’objectif, comme l’affirme l’Académie, est de rendre ces mots plus faciles à comprendre pour le public français, il est clair que le choix de nouveaux termes ne peut que créer davantage de confusion.

Se pose alors la question de la validité réelle du thème de la pureté de la langue, cheval de bataille séculaire de l’Académie, qui semble aujourd’hui se révéler pour ce qu’il est en réalité : un combat contre des moulins à vent, contre l’évolution même de la langue. En effet, tout linguiste peut confirmer combien sont vaines et néfastes les tentatives d’enfermer une langue dans une enceinte bien définie et immuable, rejetant d’emblée toute contamination et évolution.

D’autre part, comme déjà souligné dans l’article, les mêmes choix effectués par l’Académie montrent qu’une telle approche n’est certainement pas la plus efficace et conduit en effet à la perte des nuances et des significations précises qui sont véhiculées par les termes originaux. La préservation de la langue est sans aucun doute une question importante pour toute culture, mais son évolution et sa mutation sont des facteurs inévitables qui attestent de sa bonne santé et de sa capacité à s’adapter et à survivre dans des contextes mondiaux en constante évolution.

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